Comment innover grâce à son savoir-faire

Pour innover, chacun sa méthode. Je veux dire la méthode qui convient le mieux au contexte d’une entreprise qui vit dans un environnement de marché à un instant T.

Vous êtes sur un marché mature et vous vous dites, il faut accroître le chiffre d’affaires et attaquer de nouveaux segments.

Le transfert de savoir-faire est l’une des méthodes qui peut permettre à votre entreprise d’apporter de nouvelles solutions sur des marchés pourtant éloignés du sien au départ.

Qu’appelle-t-on savoir-faire ou (know-how) ?
Pour l’Association Internationale de la Propriété Industrielle, ce sont « des connaissances et expériences de nature technique, commerciale, administrative, financière ou autre, qui sont applicables dans la pratique pour l’exploitation d’une entreprise ou l’exercice d’une profession. »

Pourquoi est-ce pertinent ?
Vous valorisez ainsi votre actif disponible en quelque sorte. Vous avez développé une expertise technique, de service etc… dont soit le résultat produit ou le process utilisé peut être transféré à un nouveau marché. J’entends par nouveau marché : autre domaine d’activité, mais aussi autre cible (du BtoB au BtoC notamment).

Quelle est la différence entre diversification et transfert de savoir-faire ?
Le transfert de savoir-faire constitue l’une des voies possibles pour étendre son activité. Il s’appuie sur une analyse interne de l’entreprise pour le lancement de nouvelles activités.

Les écueils à prendre en compte :

  1. Oublier de cartographier l’ensemble des savoir-faire. Il existe en effet des savoir-faire évidents (visibles comme les produits, l’expertise pour laquelle vous êtes reconnus…) et d’autres moins visibles (une certaine façon de travailler, des produits ou services développés mis de côté car jugés peu pertinents par rapport à vos marchés ou par manque de capacités, voir ici comment le Doypack est devenu l’emballage le plus couru sur les linéaires…).
  2. Ne pas se mettre dans une position d’entrepreneur. Si vous maîtrisez parfaitement votre savoir-faire, cela vous demandera néanmoins :
- d’adapter votre savoir-faire (le copier-coller est rare) et donc d’accepter de re-questionner ce même savoir-faire,
- de vous préparer à apporter une solution nouvelle sur d’autres marchés. Si votre démarche innovation de transfert réussit, votre entreprise risque de passer d’une posture d’entreprise « qui a toujours une longueur d’avance dans son métier » au « trublion qui va modifier les façons de faire sur un nouveau marché pour lui ». Les deux postures impliquent des attitudes et comportements bien différents que les entreprises n’envisagent pas toujours au préalable.
L’exemple des NTIC appliquées à la santé, la télémédecine, met bien en exergue ces difficultés et les freins auxquels une entreprise attaquant un nouveau marché peut se trouver confronter.

Quelques exemples :

  1. Le transfert de savoir faire-technique du marché de l’impression à un autre marché, celui du médical : La révolution Smart Patch de HP ,
    « HP a inventé un « smart patch » qui pourrait remplacer la seringue hypodermique.
    Ce patch injecte des doses précises de médicament juste sous la surface de la peau – quasiment sans douleur. Basé sur la technologie HP Inkjet, il diffuse, au lieu d’encre, des médicaments via les aiguilles ultra-fines intégrées dans le patch. Équipé d’un microprocesseur, le patch HP est dit « intelligent » – il peut administrer un ou plusieurs médicaments, à doses et à horaires variables, selon les besoins du patient.
    « C’est un changement radical de concept en matière d’administration de médicaments », déclare Janice Nickel, chercheur chez HP Labs. « 

  2. Le transfert d’une cible pro à une cible grand public (« vulgarisation d’une technologie ») : les exemples les plus connus s’appellent Internet et le GPS.
  3. Le transfert d’un process :
    DHL qui, au-delà de son métier de transporteur de courrier, a développé une véritable expertise logistique (process de mise à disposition) que l’entreprise valorise depuis 2006 au travers de son DHL Innovation Center en favorisant les échanges entre différents acteurs sur ce sujet.
  4. Le transfert de savoir-faire de marque : ou comment des journalistes de grandes chaînes proposent aussi du coaching pour les Directeurs RP ou Communication des grands groupes.
  5. Enfin, le transfert de connaissances pour l’instant traité en interne autour des problématiques de gestion des compétences et de knowledge management.
    Le transfert des connaissances inter-entreprises sera sans aucun doute le plus porteur dans les années à venir sous l’effet de l’innovation ouverte.
    A quoi cela pourrait-il ressembler ? En résumé « mon entreprise est bonne en gestion de marque », la tienne sait améliorer ses process, joignons nos efforts ».
    Ca signifie aussi peut-être la désintermédiation ou la fin des consultants ?

Quelle est la méthodologie à suivre ? Il s’agit d’un mixte entre créativité et rigueur
avec les étapes simplifiées suivantes :

  1. Bien définir le champ de votre savoir-faire (historique, caractéristiques, applications, modes opératoires et résultats).
  2. Visualiser ce savoir-faire, créer une sorte d’histoire visuelle pour faciliter la divergence ensuite.
  3. Ensuite en réunissant un groupe diversifié (inviter des profils variés pour générer des idées 360°) de 8 à 10 personnes, suivez une méthodologie d’analogies : A quoi cela peut-il faire penser d’autre ?
    « Savoir-faire HP : diffuser une « petite » quantité de liquide de façon régulière »
    Dans quels cas utilise-t-on ce principe ?
  4. Une fois que vous avez identifié des process ou domaines qui pourraient « coller », la phase de recherche en entonnoir plus classique commence : marchés concernés, taille, matrice avec critères de choix, rencontre d’experts etc… Néanmoins, sur cette partie, a priori plus classique, il faut garder son questionnement en alerte. Vous identifier que tel marché fonctionne avec telle chaîne de valeur…pourquoi ne pas appliquer le modèle utilisé sur votre marché si c’est plus pertinent pour le client final etc…

Vous l’aurez compris, la démarche de transfert de savoir-faire suit une logique générique de recherche d’opportunités :

- Quelle est ma plate-forme actuelle de savoir-faire ?

- Identifier les forces internes et les « insights » externes

- Générer des OpportunIdées

- Scanner rigoureusement (quantitativement et qualitativement) ces OpportunIdées

- Elaborer 4/5 scénarios en détaillant bien les risques associés, la valorisation claire du savoir-faire et sa protection

- Investiguer enfin ces 4/5 scénarios avec le même processus itératif pour déboucher sur 2 scénarios comprenant les modalités d’exécution du transfert (licence, franchise, coopération industrielle, assistance, sous-traitance ou co-traitance, joint-ventures et le business plan associé

- Il ne reste « plus » qu’à faire le commercial ! Sur ce dernier point, n’oubliez pas non plus de vous entraîner à vendre un produit/service à une cible qui ne vous attend pas !

Bon week-end !

1 Commentaire

  1. Ange 6 juillet 2008 Répondre

    Excellent article. Complet, riche et formateur.

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