Et si on se simplifiait le Co ?

Partager le pain_FotoliaPar où commencer pour innover, transformer, être plus de ceci ou de cela ? Je constate que le plus difficile commence par simplifier (sans être simpliste !) pour éviter de rajouter une couche au mille-feuilles des projets de « rénovation » tous azimuts en cours dans les organisations.
Léonard de Vinci le disait déjà « la simplicité c’est la sophistication suprême« , j’aimerais même déformer cette maxime pour la terminer par « c’est l’intelligence suprême ! »faisons-en notre crédo le temps d’une série de billets qui seront consacrés à la simplicité.

J’aimerais re-citer John Maeda, designer, enseignant au MIT et auteur de De la simplicité (Payot 2008). L’ouvrage a été déjà largement décrypté pour ses dix lois de la simplicité, pensées à l’origine autour du domaine de la communication, de la conception visuelle, de l’ergonomie et de l’art technologique, mais qui s’appliquent plus que jamais aux hommes et organisations. Les « rétro-lectures » sont parfois très pertinentes, ce petit livre mérite toute sa place sur votre table de chevet !

  1. La réduction : pour atteindre la simplicité, procéder par réduction méthodique (enlever ce qui est inutile tout en estimant le degré de difficulté à maintenir).
  2. L’organisation : avec de l’organisation, un ensemble composé de nombreux éléments semble plus réduit (sélectionner, hiérarchiser, prioriser).
  3. Le temps : en économisant son temps, on a le sentiment que tout est simple (réduire l’attente).
  4. L’apprentissage : la connaissance simplifie tout. Plutôt que proposer un mode d’emploi décourageant, faites en sorte qu’à la simple vue du produit, il se dégage une impression de familiarité, une compréhension quasi immédiate du fonctionnement (rendre la connaissance d’un système, d’une pratique ou encore d’une fonctionnalité, accessible intuitivement).
  5. Les différences : la simplicité et la complexité ont besoin l’un de l’autre (la possibilité de comparer et marquer les différences permet de juger du degré de simplicité vers laquelle tendre).
  6. Le contexte : ce qui se trouve à la périphérie de la simplicité n’est absolument pas périphérique (le« contexte » est pour l’auteur aussi primordial que le sujet lui-même. Ainsi la simplicité et son appréciation dépendent- elles directement du contexte dans lequel elles peuvent se définir respectivement).
  7. Les émotions : mieux vaut plus d’émotions que moins (la simplicité relève et fait aussi appel à l’intelligence émotionnelle).
  8. La confiance : nous avons intuitivement confiance dans la simplicité.
  9. L’échec : certaines choses ne peuvent jamais être (complètement) simplifiées.
  10. Loi cardinale : la simplicité consiste à soustraire ce qui est évident et à ajouter ce qui a du sens . On ajoute plus de valeur en se concentrant sur ce qui apporte le plus de sens.

Aujourd’hui, j’ai en tête le thème du « co » (à la « mode » en ce moment et à juste titre tant les silos ont envahi à leur propre insu les organisations) et la question « Comment mieux collaborer? » « Comment plus collaborer ? » « Comment co-créer? » « Comment introduire du « co »? etc… Il existe évidemment plusieurs clés d’entrée avec approches spécifiques (soit en commençant avec la vision, les projets, les postures, l’espace de travail etc…) mais j’aimerais souligner la plus évidente…qui remonte à très loin et qui est peu évoquée : revenir au coeur de la simplicité.

Revenons un instant à nos classiques (le latin !) et pas au Bescherelle mais à la Revue Correspondance : la préposition latine cum, qui signifie « avec » et marque généralement la simultanéité ou l’égalité. Com-, con- et co- entrent, en français moderne, dans la formation de plusieurs mots (coéquipier, colocataire  etc.) et figurent également dans un très grand nombre d’emprunts au latin comme collaborer (de co « avec » et laborare « travailler »), confiance. Certains de ces mots en com- ont une étymologie surprenante, parfois même amusante. Le mot compagnon (compainz, fin XIe), par exemple, vient du latin populaire companio, onis (composé de cum « avec » et de panis « pain »), qui signifie au sens propre « celui qui mange son pain avec », puis « celui qui partage ses activités avec quelqu’un ».

Simplifier le « co », c’est re-découvrir le plaisir ou au moins un temps de partage autour de la nourriture (sans forcément passer par des séminaires exceptionnels). Voici trois exemples pour inspiration :

Exemple 1 : Aux Philippines, le montage d’un projet collaboratif de e-gouvernance (eGov4MD) soutenu par le CESO (Canadian Executive Service Organization), des organisations non gouvernementales afin d’améliorer la qualité du service public via les Technologies de l’Information, s’est appuyé sur une première règle pour réussir : « le partage des repas » pour renforcer et consolider les relations. Si le repas est un ingrédient-clé de la culture philippine, nous le retrouvons à nouveau dans mon deuxième exemple.

Exemple 2 : Un des secrets de la réussite du chef exécutif René Redzepi du Noma à Copenhague (passé en 2ème position dans la liste des meilleurs restaurants au monde, je pense néanmoins que l’exemple résonnera pleinement) ? Les repas du personnel que détaille René Redzepi dans la vidéo ci-dessous. Le partage de l’équipe entière de « quelques moments de convivialité » qui facilitent les conversations au sujet des arômes et des idées de menus qui autrement ne pourraient pas se produire. Cette pratique offre également une « plateforme » de tests pour les différents chefs de Noma où ils expérimentent de nouvelles combinaisons possibles de saveurs et obtiennent très vite le feedback de leurs collègues. Ce rituel semble être indispensable à l’équipe Noma car il favorise un temps ensemble « de qualité », « de convivialité », « de collaboration » : ils partagent des histoires sur la nourriture, échangent les meilleures pratiques et les nouvelles techniques.

Noma: Staff Meal on Nowness.com

Exemple 3 : Thomas Edison et ses « Mindnight lunch » en petites équipes au sein de son laboratoire de Menlo Park : un dîner ensemble décontracté pour expérimenter, première étape clé pour créer l’esprit de « co » et les conditions d’innovation.

A vous de choisir et d’adapter ! Le « co » ça commence ensemble…à table !

Marianne Dekeyser

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