La musique : le nouveau business modèle pour l’industrie du disque ?

Dans l’édition du Monde de ce week-end (dimanche 18 et lundi 19 novembre), Jean-Louis Murat lançait un grand « coup de gueule » contre internet « j’affirme que la crise du disque est un leurre, elle n’existe pas : l’offre est intacte, la demande croissante. Mais chaque nuit dans les hangars de la musique, la moitié du stock est volé.(…) Des gamins stockent 10 000 chansons sur l’ordinateur familial, après les avoir piquées sur le net. »

Il n’a pas complètement tort dans son analyse Jean-Louis Murat : l’industrie de la musique se porte bien sauf les CDs. Pour preuve les chiffres cités par Chris Anderson dans son livre « la longue traîne » :

  • Concerts et dérivés: en hausse (+4%)
  • Digital tracks: UP (+46%)
  • Sonneries : en hausse (+86% l’an passé)
  • Licences pour publicités, shows TV shows, films et jeux vidéo : en hausse (Warner Music a vu ses ventes de licences augementer de 20 million de dollars en 2006).
  • Même les ventes de disques vyniles (utilisés notamment par les DJ sont en hausse (elles ont doublé en Angleterre).
    Et si on inclut les iPod dans l’industrie du disque : +31% cette année.
  • Seules les ventes de CDs baissent (-18%).

Pour les chiffres français, voir ici.

Selon Anderson, les intervenants de l’industrie du disque se trompent et ont une vision…un peu étroite du marché. Quelle est donc la vraie ou bonne question à se poser ? De quel marché de l’industrie du disque parle-t-on ? Des CDs ou de l’ensemble des points de contacts musicaux avec les consommateurs ?

Radiohead a récemment proposé une démarche inédite et pris à contrepried l’industrie du disque. Le groupe a tout simplement décidé de vendre son disque sans intermédiaires (directement sur internet) et gratuitement peut être. Il proposait, en effet, aux internautes de fixer eux-mêmes le prix auquel ils souhaitaient acquérir leur dernier album « In Rainbow« .

D’après le Daily Swarm, l’album de Radiohead s’est vendu au prix moyen de 8 dollars le CD, a été téléchargé 1,2 million de fois et a rapporté au groupe 9,6 millions de dollars en 3 jours.

Radiohead n’a rien inventé, il a imaginé que le système s’auto-régulerait de lui-même (certains internautes prêts à payer plus et d’autres non). Aussi incroyable que cela puisse vous paraître ce système existe déjà dans bien d’autres pays et d’autres domaines et…il est rentable !

Voici l’exemple du Dr indien V. et de ses hôpitaux Aravind (source : « 80 hommes pour changer le monde« ) destinés à offrir à tous, en Inde, la possibilité de se faire opérer de la cataracte (une maladie très fréquente en Asie et en Afrique et responsable à 80% des cécités). Aujourd’hui, le groupe Aravind réalise 200 000 opérations annuelles : 47% sont gratuites pour le patient, 18% à un prix plus faible que le prix de revient. Seuls 35% des patients payent le prix normal pour financer l’ensemble. Le groupe autofinance sa croissance et n’a jamais été aidé par une quelconque fondation. Il y a quand même une « astuce » : le groupe a dû réinventer le business modèle des lentilles dédiées à ce type d’opération !

Pour en revenir à Radiohead, on pourrait arguer que celui-ci bénéficie d’une aura internationale : ce n’est pas le groupe xxx qui débute. De fait, il est plus facile pour eux de se lancer dans ce genre d’initiative. Encore fallait-il le faire ! Mais cela devient également possible pour les petits groupes.

Comment ? Le label RCRD propose le téléchargement gratuit d’auteurs/compositeurs. Le site tire exclusivement ses revenus de la publicité et des sponsors comme le fait la télévision aujourd’hui pour financer ses programmes ! (source : IG trends).

La petite morale de l’histoire (qui ne fait que commencer) :

  1. La convergence, ce n’est pas uniquement valable pour le « hardware » mais aussi pour ceux qui fournissent le contenu. Les maisons de disque ne devraient-elles pas devenir des « coachs artistiques » ?
  2. La gratuité, cela ne signifie plus uniquement « ne pas payer ». Le « prix à fixer » ou le « prix selon ses moyens » met aussi les consommateurs devant leurs responsabilités. Ils ne peuvent plus réclamer aux entreprises de s’engager toujours plus sans, eux-mêmes, devenir plus « vertueux ». Si « pouvoir acheter » est une problématique bien actuelle, « savoir acheter » risque de s’imposer dès demain comme nouveau comportement de consommation.
  3. Lisez ou relisez le livre « 80 hommes pour changer le Monde«  : les initiatives innovantes développées dans des pays qui n’ont aucun moyen donne matière à reconsidérer beaucoup de nos présupposés !

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