Le portage, statut de l’entreprise 2.0

On parle beaucoup d’entreprise 2.0, de collaboratif, de réseaux réels (formels) et virtuels (informels), et cela implique évidemment des modes de fonctionnement nouveaux qui posent des problèmes juridiques dont on parle assez peu en revanche : quels contrats pour partager des bonnes pratiques et jusqu’où les partager ? Comment permettre à un collaborateur de s’immerger dans une autre entreprise pour un benchmark ? Comment faire « travailler » ses clients et mieux les intégrer en interne ? etc…

Si le concept de « société de confiance » (le gagnant-gagnant, la solidarité, la responsabilité sociale…) prend de l’ampleur, pour l’instant elle bouleverse essentiellement les états d’esprit (comment faire confiance dans une société basée sur la défiance ?) et le business modèle de certains marchés (Radiohead et la mise en vente de son dernier album sur internet laissant libre choix à l’acheteur de payer le prix qu’il pense être juste ou de ne rien payer).

Est-ce que la confiance peut s’insérer dans un cadre juridique ? Avec des accords de confidentialité ou de non-divulgation comme disent les anglo-saxons peut-être.

Pourtant, la confiance devra s’intégrer demain dans l’entreprise et il reste encore beaucoup de chemin à faire. Pourquoi ? Parce que les nouveaux modes de fonctionnement cités plus haut et nécessaires au maintien des entreprises dans des contextes ultra concurrentiels ne peuvent pas être greffés sur le modèle actuel.

Le modèle actuel repose, en effet, sur un postulat bidirectionnel : l’entreprise et le salarié, chacun étant lié à l’autre par des obligations, des avantages et aussi des contraintes.
Or nous vivons désormais dans un monde transversal.

J’en viens à un exemple concret pour illustrer mes propos : l’accord de modernisation du marché du travail et le « crépage de chignon » entre les sociétés d’interim et de portage salarial (voir l’article des Echos ici).

Pour résumer l’enjeu, les deux systèmes « mettent à disposition des entreprises des travailleurs (interimaires pour le premier, professionnels autonomes), qu’elles emploient via un contrat de travail. La différence, c’est que le « porté » doit trouver lui même ses missions, mais peut aussi effectuer différentes missions en même temps (dans la limite horaire mensuelle légale).

Les sociétés d’interim veulent en quelque sorte réintégrer dans leur giron l’activité qu’elles n’ont pas su ou voulu développer (le portage serait hors la loi), mais qui leur occasionne une forte concurrence sur une cible dont les émolluments permettent de toucher de bonnes commissions.

Interim ou Portage, le fond du débat consiste déjà à se demander « comment revaloriser ces parcours » jugés négativement par les salariés et entreprises alors que l’avenir du travail ne prédispose plus à « une entreprise pour toute la vie professionnelle ».

Sur le portage plus particulièrement. Bien sûr, le système du portage mériterait de nettes améliorations (notamment sur la gestion des profils et la sécurisation des parcours) et pourtant, c’est le système 2.0 par excellence ! Le « porté » doit être transverse et agile par essence :

  • il définit ses compétences et apprend à les vendre,
  • il travaille pour différentes entreprises et il élargit son expertise et sa connaissance de nouveaux marchés (plutôt que de travailler 10 ans sur un même univers),
  • il est lié par des accords de confidentialité,
  • il produit du résultat…s’il veut trouver de nouveaux clients,
  • il choisit avec qui se lier…

Demain, je crois que les entreprises et les instances politiques devront réflechir beaucoup plus sérieusement à ce vivier d’expertises et à cette notion de flux de connaissances. La compétitivité 2.0 se jouera sur ce point.

Je ne suis pas en train de dire qu’il faut supprimer les CDI, mais qu’il faut préparer le terrain de demain et créer un volet plus important en interne de « ressources mobiles ».

Pour preuve, à plus petite échelle, des personnes de ma génération cherchent aujourd’hui des modalités juridiques autres que celles que l’on veut encore nous imposer : pour travailler autrement en mutualisant des moyens et des connaissances, en se faisant confiance tout en gardant nos autonomies, en collaborant sans nous enfermer.

Le portage ouvre une brèche …dans le monde du travail : le système n’est pas parfait mais il sous-tend les aspirations à venir…Voilà un concept qui ne mérite pas d’être tué pour de fausses barbes et autres idées reçues mais d’être largement amélioré et adapté. Vite, très vite.

Marianne Dekeyser

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