Les emplois de demain

L’emploi demain, à quoi ressemblera-t-il ? C’est bien l’une des questions qui sous-tend la manifestation et les inquiétudes d’aujourd’hui : quel avenir dans le monde du travail ? à quel salaire ? etc…

Le discours inaugural de Christian Orofino pour le lancement de la 4ème Convention du Syndicat National des Agents de Voyage résume à lui seul ce qu’une myriade de secteurs connaissent actuellement en matière d’emplois : »2009 est une année charnière et demain, en 2010, le métier d’agent de voyages ne sera plus jamais comme avant. Une nouvelle loi, une nouvelle réglementation, la part de marché – le « gâteau » – n’aura pas changé mais, de nouveaux convives s’inviteront. Y en aura-t-il pour tout le monde ? « 

En novembre 2008, Lucie Robequain (journaliste au quotidien Les Echos, en charge des questions d’emploi) et Fabrice Lacombe (notamment président pour la France du cabinet de conseil en recrutement Michael Page International) livraient leur état des lieux prospectif sur « Les Emplois de demain« : quels seront-ils ? Quelles sont les tendances identifiées qui peuvent permettre d’anticiper les besoins du marché du travail des années 2015.

L’ouvrage se décompose en 3 parties : tout d’abord une analyse du marché de l’emploi et les métiers du recrutement en France, puis l’observation des avancées dans les pays étrangers et enfin la Prospective du marché du travail à l’horizon 2015.

Le livre est intéressant, factuel, synthétique, précis et s’appuie sur des sources d’experts. Tous les acteurs de la chaîne de valeur sont passés en revue (recrutés, recruteurs, recrutant et non recrutés) et mis dans une perspective dynamique : ce qui se passe aujourd’hui et ce qui va se passer demain.

En résumé, « les emplois de demain » pourrait servir de vision synthétique aux nouvellement promus : Martin Hirsch et Richard Descoings.

Il ne faudra cependant pas attendre de solutions…qui pourraient créer polémiques ?(parti pris ? contrepied du rapport Attali?), Certaines émergent ici et là. Je cite deux exemples :

  • Sur le temps partagé et le développement des multisalariés : « pour l’heure les quelque 400 groupements d’employeurs ne salarient que 8000 personnes, la plupart dans le secteur agricole ». « une entreprise sur cinq pourraît être concernée précise Max Vallancourt, responsable de l’Observatoire du temps partagé (OTP). Celui-ci permet aux multisalairés d’avoir un contrat unique, un CDI, établi par une association loi 1901 à laquelle tous les employeurs sont adhérents.
  • Sur le télétravail : « le télétravail répond au souhait de mieux équilibrer vie privée et vie professionnelle, et contrairement aux idées reçues il est un facteur d’accroissement de la productivité estime le député Pierre Morel-A-Luissier (UMP) auteur d’un rapport sur ce sujet. Plus loin dans le livre on saura que ce mode de travail ne fait néanmoins pas baisser le stress. Mais que les entreprises françaises (anglosaxonnes) qui ont mis en place le système sur la Région Parisienne semble être très satisfaite des résultats obtenus.
De plus, certains titres ou passages résonnent comme des « insights » habituellement utilisés en innovation (que l’on retravaille ensuite sous forme de dilemmes à résoudre) pour construire de nouveaux concepts. J’en cite également quelques uns :
  • « Notre système d’orientation est le premier responsable du chômage des jeunes » – Dominique de Calan, spécialiste de la formation porfessionnelle qui occupait jusqu’en 2007, la fonciton de Délégué général adjoint de l’Union des Industries et métiers de la métallurgie.
  • « Pour conserver leur main d’oeuvre, certaines entreprises préfèrent laisser leurs salariés réaliser leur propre projet éthique ».
  • « Les nouvelles technologies ne vont cependant pas faire que remplacer des machines par des robots, et des hommes par des ordinateurs. Elles engendrent une nouvelle organisation du travail dans laquelle la polyvalence des salariés est particulièrement prisée. » etc…
Ce que l’on retrouve dans l’ouvrage : pas mal d’idées venues d’Europe et dont la France s’est déjà inspirée pour mettre en place de nouveaux axes de progrès (concept de flexicurité, suivi des chômeurs, CV anonyme contre la discrimination à l’embauche…).Ce qui fait défaut :
  • Peut-être des exemples plus récents de politiques innovantes : si la Norvège fait aujourd’hui figure d’exception en matière d’innovation nationale, l’initiative lancée fin 2007 par l’Angleterre en instaurant un Ministère de l’Enseignement, Innovation et Compétences mérite d’être relevée et écoutée.
  • En matière d’innovation, les pays émergents ont beaucoup à nous apprendre et « les emplois de demain » n’y fait pas allusion. Si leur contexte semble diamètralement opposé au nôtre avec la pauvreté s’invitant comme toile de fond, les thématiques transverses restent intéressantes à suivre (capacité à former et faire évoluer, à attirer des talents, à gérer des disparités géographiques, à inclure les femmes dans le travail etc…).
    Pour se faire des idées neuves sur le sujet, suivre la revue « Standard Social Innovation Review » ou (re) lire les recherches menées par Linda A.Hill sur l’innovation de management dans les pays émergents. Cette chercheuse apporte un éclairage complémentaire en matière de compétences recherchées et talents développés « en local ».

Quelques lectures recommandées en complément :

Le défi qui nous attend sonne un peu comme un glas et appelle à la réinvention : un pays qui ne semble pas particulièrement préparé à l’avenir et à ses mutations profondes. Face à cela, l’Etat ne pourra ni imposer, ni tout faire : il pourra être porteur du changement mais ce seront les acteurs qui le conduiront.
Les acteurs sont-ils prêts à changer ensemble… en cette année européenne de l’innovation et de la créativité ?
Marianne Dekeyser

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