Pas d’innovation sans vision, ni engagement

Pourquoi certains projets innovation ne décollent jamais ? Les idées neuves ne servent à rien ou restent lettre morte si elles ne rentrent pas dans le cap donné, et largement communiqué, par la direction d’une entreprise.

L’inspiration et l’engagement doivent venir « du haut » pour pouvoir diffuser ensuite. L’exemple récent qui illustre parfaitement cette évidence est celui du discours tenu par Carlos Ghosn au cours des Wharton Leadership Lecture Series (on suppose qu’il a tenu le même discours en interne auparavant compte tenu des modèles électriques présentés par la marque à Francfort) : « Le temps de la voiture électrique est venu ».

Alors que nous nous demandions pourquoi Toyota avait pris une telle longueur d’avance sur le sujet de la voiture électrique tandis que rien ne semblait vraiment se passer en France (pour les consommateurs), Carlos Ghosn nous donne quelques réponses, parfois étonnantes, à méditer :

  1. Il existe maintenant un vrai marché :
    « La voiture électrique est réelle. C’est ici et maintenant. Quand les trottoirs seront dotés d’autant de points de rechargements électriques que de parc-mètres, tout cela ne semblera pas tellement compliqué finalement ». » Ghosn prédit un pic de 700 millions de voitures aujourd’hui à quelque 1,5 milliards dans le monde (notamment dans les pays émergents).
  2. Pas d’innovation possible si elle ne s’insère pas dans un écosystème favorable (technologie au point, prix du pétrole dissuasif, réglementations environnementales strictes et incitatives…) :
    « Ce n’est pas possible sauf si le gouvernement vous appuie. Ce n’est pas parce que la technologie est plus chère. C’est parce que vous ne peut pas rivaliser contre 68 millions de voitures produites dans l’ensemble du système …. C’est pourquoi nous avons besoin du soutien du gouvernement, afin de faire la montée en cadence de 500.000 à un million de voitures. Et puis, le système fonctionne par lui-même. Les gouvernements sont tous alignés. Ils sont tous d’accord pour dire: «Bon, je veux une voiture électrique dans mon pays. Je vais mettre en place dans les incitations qui sont nécessaires. Je vais investir dans l’infrastructure qui est nécessaire, car nous en avons besoin pour sortir de la dépendance au pétrole. Nous devons traiter le problème des émissions de CO2 et du réchauffement climatique. Et nous avons besoin de l’électrique pour sortir du risque de hausse du pétrole de 150 $ et 200 $ le baril. «  Le boom à venir de la motorisation dans les économies émergentes vont probablement augmenter cette perception. »

  3. Sa stratégie…
    - « Nous voulons que la voiture électrique soit abordable, ce qui signifie que si vous voulez acheter une voiture électrique, elle doit être au même prix qu’une voiture ordinaire. » - « Transformer l’image de la voiture électrique comme source de plaisir de conduire ».
    - Le point faible de la stratégie reste encore la logistique : « cela nécessitera un certain degré d’investissement des particuliers, des entreprises et peut-être les gouvernements. M. Ghosn a indiqué les acheteurs de voitures possédant un garage à la maison devraient être en mesure d’améliorer leurs prises électriques pour faciliter la prise d’une voiture électrique pour environ 500 $.
    Dans les grandes villes, il prédit, les fournisseurs d’électricité paieront environ 1000 $ pour les appareils ressemblant à des parc-mètres le long des trottoirs pour charger les véhicules. »
Compte tenu de la taille de Renault, on peut comprendre qu’elle n’ait pas l’agilité nécessaire pour « tuer son propre marché » et, malgré sa taille, que cette entreprise ne puisse pas le faire seule au regard de l’écosystème existant.

On retrouve via cet exemple la problématique de toute grosse structure et de sa capacité à réinitialiser un marché qui l’a portée.

Il est a priori plus « facile » de réinventer un marché qui est tué d’office comme pour Philips et la fin des lampes incandescentes.

Néanmoins, quand Renault réaffirme son positionnement de fabricant de voitures, on peut s’interroger sur la largeur de la vision. A moins que ce ne soit dans sa volonté de transformer l’expérience de conduire une voiture électrique en vrai plaisir que la valeur ajoutée apparaisse réellement.

Un petit retour sur la
stratégie à marche forcée de Toyota autour de la mobilité ouvre d’autres perspectives.

Rappelons enfin que la voiture a remplacé… le cheval.

PS : un complément intéressant, l’article paru dans les Echos aujourd’hui « Le Japon a déjà basculé dans la voiture électrique« .

Source image : Wharton@knowledge


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