Quelle question pour développer la Curiosité ?

N’en déplaise à l’adage, la curiosité est une grande qualité pour un manager et son équipe.

Seule la curiosité nourrit l’envie d’aller chercher de nouvelles informations. Quel est néanmoins l’intérêt d’être curieux dans un monde qui nous délivre de l’information en continu, prête-à-consommer ?

Deux raisons-clés justifient le (re)développement de la curiosité :

1ERE RAISON : Selon les études, environ 75% des innovations sur le marché sont des recombinaisons de multiples innovations existantes.
Dans son livre « 
“How Breakthroughs Happen, the Surprising Truth about How Companies Innovate”, Dr. Andrew Hargadon qui s’intéresse notamment aux innovations technologiques démontre comment les vraies innovations se produisent quand une entreprise va chercher dans d’autres univers de marché pour les appliquer avec un nouvel objectif (nouveaux usages, nouvelles solutions, nouveaux modèles d’affaires…).
Je vous propose quelques exemples de recombinaisons pour illustrer son propos :

Remontons dans le temps avec Gutemberg : quand il inventa la presse à imprimer, il reconnut avoir recombiné deux produits existants : la presse à vin et les machines à frapper les pièces de monnaie.

Source image : Les outils et les machines des débuts de l’imprimerie


La technologie hybride pour les moteurs correspond à l’association d’un moteur thermique et électrique. Christensen, spécialiste de l’innovation de rupture démontre comment la rupture peut désormais provenir d’une combinaison intelligente de technologies actuelles et nouvelles.

Source image : voiturehybride.com


« Vas prendre tes leçons dans la nature » disait Léonard de Vinci ou comment la nature peut permettre d’imaginer de nouvelles solutions à partir de l’existant (cliquez sur le lien pour lire les cinq inventions en détail #biomimétisme) :

Cinq inventions géniales inventées par la Nature _ Terra Eco


Le modèle d’affaires développé par Gillette « couple produits+consommables » (= je vends un produit accessible, je capte le client et je le « fidélise » sur la durée en lui vendant les recharges sur lesquelles je marge beaucoup) a été adapté avec succès dans bien d’autres domaines (imprimantes, brosses à dents électriques, téléphones portables…).
Tout comme le modèle « plateforme+écosystème » d’Apple inspire chaque jour un peu plus bon nombre d’industriels ou de sociétés de services.

Même les entreprises leaders vont « faire leurs marchés d’idées » dans d’autres univers : pour construire la Logan à moindre coût et garantir sa fiabilité, Schweitzer l’ancier DG de Renault est notamment allé voir Mr Hayek, PDG de Swatch, pour comprendre comment celui-ci réussissait à fabriquer une montre fiable avec 60 pièces maximum. Pour lancer sa e-liseuse, le Kindle, Amazon s’est largement inspiré du modèle économique de Gillette (« je vends une tablette à prix coûtant et je marge sur les applications et livres qui seront achetées et téléchargées par les clients » ….).

Ce qui fait ensuite le succès de l’adaptation relève de l’analogie féconde ou adaptation intelligente à votre contexte d’entreprise.

2EME RAISON : Les neurosciences nous expliquent l’intérêt de cultiver notre curiosité.
Le cerveau ingurgite en permanence de nouvelles informations et fait des « connexions », ces connexions se font entre les neurones, que l’on appelle les synapses.

Pour créer de nouvelles connexions et/ou les enrichir, seul un rapport actif à notre environnement permet de stimuler et faire évoluer notre cerveau.

Dans le magazine « Cerveau & Psycho » de mars/avril 2013, Christophe André rapporte une des premières études menées en 2000 sur la neuroplasticité, la capacité du cerveau à évoluer et à se se reconfigurer quand il est stimulé.
Cette étude menée en 2000 avec des chauffeurs de taxis londoniens montrait que le cerveau de ces chauffeurs expérimentés était modifié par rapport à celui des sujets témoins : ils disposaient d’un hippocampe (la partie postérieure de cette aire cérébrale stocke notamment les informations liées aux représentations spatiales) plus volumineux, ce qui correspondait à leurs capacités de se localiser n’importe où dans la capitale britannique. Inversement, d’autres travaux menés par Véronique Bohbot à l’Université Mc Gill de Montréal laissent penser que l’usage intensif du GPS atrophie cette région cérébrale.
Conclusion : quand l’esprit cesse d’explorer son environnement, il s’étiole et ce, quel que soit son âge (:-)) !


En effet, une récente recherche fondamentale démontre que de nouvelles connexions sont toujours possibles alors qu’on pensait que les neurones souffraient de dégénérescence avec l’âge ; des chercheurs de l’Institut Pasteur et du CNRS ont établi que la curiosité, l’éveil et le plaisir favorisent la formation de néo-neurones (neurones qui se forment à l’âge adulte) et, grâce à eux, l’acquisition de nouvelles compétences cognitives.

Maintenant venons-en à une question qui systématiquement va développer chez vous et avec votre équipe non seulement cette curiosité mais aussi la capacité à adapter la solution trouvée à votre contexte !

Source image : Fotosearch

Où trouver ailleurs notre solution ? » aussi appelée « La solution qui venait d’ailleurs ».

Remarque : en fonction du sujet, vous pouvez demander à votre équipe de réfléchir avant (dans ce cas, vous donnez quelques noms de grandes entreprises – voir exemple visuel ci-dessous) ou non (vous faites confiance à la capacité de vos collaborateurs de trouver une entreprise dont le produit/service ou la façon de fonctionner peut être inspirante pour votre sujet).

Principes :
S’inspirer d’entreprises leaders issues d’autres secteurs permet d’ouvrir les réponses possibles à une problématique. Les stratégies, produits, services et façons d’opérer de ces entreprises nous sont familières car elles font partie de notre quotidien.
Choisissez deux ou trois entreprises qui vous semblent inspirantes pour répondre à votre problématique (secteur, produit, services, organisation) et soumettez ces exemples à votre équipe.


Question : « Vous avez 120 secondes pour imaginer ce que ferait Apple à notre place pour réinventer notre relation clients ? » 
OU
« Quelle solution avez-vous vu/experimenté ailleurs qui pourrait nous permettre de réinventer notre relation clients ? »

Personnellement, je recommande plutôt cette option car ce sont les collaborateurs qui vont « faire l’effort » de sortir de leur cadre habituel de pensée pour aller chercher ailleurs. Une fois qu’ils ont pris l’habitude (de cette gymnastique mentale), ils renforcent plus vite leur esprit de curiosité et leur capacité à recombiner des idées ! 

Exemples de solutions qui peuvent émerger avec la question « Où trouver ailleurs ? »
avec noms d’entreprises suggérées aux participants.

Passer des idées aux plans d’actions :
« Les nouvelles idées, c’est bien, les mettre en place…c’est mieux ou en tout cas c’est plus utile ! »

Cette étape n’est pas aussi simple qu’il y paraît car l’envie est souvent grande de copier tout simplement, parfois cela marche mais rarement longtemps.

La qualité de votre questionnement pour aider votre équipe à adapter l’idée devient alors cruciale. Ce questionnement ressemble aux « questions-cerveau-gauche » que vous avez l’habitude d’appliquer sur du management de projet.
Votre questionnement doit néanmoins toujours souligner la dimension concrète de l’application possible pour éviter de rester dans des solutions trop vagues et inapplicables in fine :

« Comment concrètement pourrions-nous transposer cette idée ? » 
« Qui/Quel service pourrait commencer à faire ? »
« Qui d’autre pourrait faire ? »

« Selon quel processus, dessinons-le ! etc… » 

A suivre…L’heure des bilans de fin d’année approche et celui des bonnes ré(v)olutions pour 2014 ! Quelle question pour plus d’Audace en 2014 et pour la mettre en oeuvre ?



Marianne Dekeyser

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