Réapprendre à…apprendre

Faut-il plus de mathématiques dans nos programmes scolaires, plus de Français, plus de géographie, plus de matières artistiques ou plus de soutien scolaire ?

Telle est la question à laquelle répondent années après années les nouvelles orientations données par le Ministère de l’Education Nationale.

Et si ce n’était pas la bonne question ou pas la bonne façon d’approcher le problème ? C’est ce que Clay Christensen, spécialiste de l’innovation de rupture, nous explique dans son dernier livre « Disrupting class« .

L’auteur remet en question deux paradigmes :

  • L’enseignement prépare des étudiants à évoluer dans une vie économique globalisée (postulat des 30 Glorieuses).
  • Apprendre, c’est comprendre et assimiler vite pour tous et au même moment.
Comme point de départ de sa réflexion, il s’est appuyé sur les travaux de Howard Gardner « Five Minds for the Future » – penser un monde qui change nécessite de nouvelles aptitudes intellectuelles : discipline, capacité à synthétiser, créativité, respect et éthique.

Ensuite, il a regardé ce qui prévalait aujourd’hui en matière d’économie et d’innovation du point de vue de l’entreprise et du client (ce qu’il connaît le mieux !).

Le client ? Il attend une relation personnalisée, authentique et de qualité avec l’entreprise qui le sert et il est capable de comparer la valeur reçue de différents domaines (personnels, professionnels…).

Les entreprises qui veulent rester dans la course ? Elles ont dû revoir leur modèle de compréhension du client pour mieux le servir et mieux anticiper ses besoins. De produits ou services développés de l’interne vers l’externe (« inside-out »), elles ont dû aller s’immerger dans l’environnement (autres marchés, clients, non clients…) pour l’appréhender vraiment et mieux le comprendre (de l’extérieur vers l’interieur ou « outside-in »).

Selon Christensen, l’enseignement est confronté à la même problématique que les entreprises : mettre l’étudiant et son point de vue au coeur de leur réflexion pour mieux les former et mieux les préparer à un monde plus complexe.

Il n’y a pas d’étudiants plus intelligents ou moins intelligents les uns que les autres, il y a des étudiants qui sont capables d’apprendre mais chacun selon son rythme et son type d’aptitude. Pour ce faire, proposons à chaque étudiant d’intégrer dans son cursus « un enseignement assisté et personnalisé par ordinateur ».

Les modalités qu’il suggère restent vraiment à affiner mais c’est dit ! Réapprenons à apprendre !

Dans un autre domaine où le virtuel a conquis toutes ses lettres de noblesse, le design assisté par ordinateur, les étudiants designers apprenaient jusqu’à présent à toucher des yeux pour appréhender la réalité du visuel créé (cockpit d’un avion, design d’une chaise…).

De nouveaux cours sont mis en place pour ré-apprendre aux étudiants uniquement formés sur ordinateur à toucher…avec leurs mains et mieux comprendre la dimension finale du produit : servir à de vrais gens, dans la vraie vie.

Il existe plusieurs façons de retrouver l’usage sensoriel de la main : creér un prototype même imparfait et le manipuler ou utiliser des outils empathiques pour mieux ressentir les sensations provoquées par un produit, une situation.

Les outils empathiques permettent en effet de « se mettre dans la peau de » .
Imaginez – vous en train de designer un nouvel appartement pour une personne âgée affublé d’une combinaison qui ralentisse vos mouvements, vous rapetisse et de lunettes qui troublent votre vue. Dessineriez-vous le même appartement avec ou sans votre tenue ?

Si les outils empathiques restent actuellement principalement utilisés dans le cadre de développement de produits ciblant des troubles graves (handicapés, maladie des yeux etc…), ils deviendront bientôt partie prenante de la panoplie « empathique de l’entreprise« .

Enfin, on pourrait parler longuement de « ré-apprendre en entreprise », j’ai choisi de mettre en exergue un atelier proposé par l’agence créative « Before & After » (Avant/Après). Je ne l’ai pas testé mais rien que pour son titre provocateur, cela mérite un clin d’oeil : « The Do-It-Yourself lobotomy creative thinking workshop » pour apprendre à chasser les idées reçues et en trouver de nouvelles.

Réapprendre à apprendre…avec l’ordinateur, sans ordinateur ? Perdons un peu de temps pour y réfléchir … Pour aller plus loin, perdez une heure à lire « Against the machine : being Human in the Age of electronic mob » de Lee Siegel. Il ne cherche pas à blâmer internet de tous nos maux mais il propose un peu de recul sur notre nouvelle culture et notre nouvel environnement.

Image : Fotosearch

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