Un monde « sans », « avec » ou « super-ordinaire » ?

Certaines informations jouent l’effet d’électrochoc et de révélateur : ce que l’on croyait impossible, existe.

Elles peuvent alors se lire de façon anxiogène, comme « une vérité qui dérange », ce qui tend souvent à paralyser l’action, ou par opposition s’interpréter de façon générative et inspirer de nouvelles réflexions.

Si nous prenons un peu de recul et dépassons cette compréhension dichotomique, le monde du « sans » n’est autre qu’une vision libérée des paradigmes existants et de nos cadres de références : « un monde du toujours plus de la même chose ».
Ce billet est donc une invitation à un réajustement « créatif » et prospectif et au développement de nouvelles formes de fluidités stratégiques.

Je partage différentes informations sur le monde du « sans » qui, selon votre univers de référence et votre intention, « privent » ou « créént » :

« Facebook, le plus grand réseau social, ne créé pas de contenu.
Wikipédia, l’encyclopédie la plus large en ligne, n’emploie personne.
Airbnb, vend plus de nuitées que les hôtels Mariott et Hilton réunis, pourtant l’entreprise ne possède aucune chambre.
Uber, la plus grande compagnie de taxis, ne possède aucun véhicules.
Alibaba, un des leaders mondiaux de l’ecommerce, n’a aucun stock.
Skype, l’un des plus grands opérateurs téléphoniques, ne vend pas de téléphones.
Netflix, un des réalisateurs et producteurs de films qui comptent désormais dans l’industrie du cinéma, ne possède aucun cinéma.
OpenTable attire plus de clients que n’importe qui dans les restaurants, sans disposer d’une chaîne de restaurants. »

Vers un monde sans pauvreté
Un monde sans viande
Une entreprise sans managers
Un monde sans violence
etc…

Passé l’effet de surprise ou d’interrogation, surgit la question « j’en fais quoi et je fais quoi ? »

Trois façons d’utiliser cette liste dans votre prochain atelier de vision marque, entreprise ou équipe.

En général la réflexion projective porte souvent sur trois niveaux : quelles sont les transformations qui vont nous impacter au niveau macro-environnement, puis meso (au niveau de l’écosystème de l’entreprise) et quels impacts micros (l’entreprise).
Rajoutez une dose de rupture en démarrant avec une question « sans » pour propulser la génération d’idées.

macro-meso-micro-foresight-cards

  1. Adaptez la question à à votre secteur pour aider une équipe à se projeter (sans jugement ! c’est un point crucial) dans « un monde sans » puis complétez la description du « monde sans » avec la vision complémentaire induite par la question : qu’est-ce qui pourrait alors être créé ou « émerger avec » ? Quelques inspirations (non prospectives puisqu’elles existent déjà !) :
    – Dans l’agroalimentaire, « Un monde sans viande ? » devient, par exemple, »Un monde avec steack de légumes, protéines…. »
    (attention, ce n’est pas forcément l’opposé qui doit émerger, c’est la partie la plus créative de l’exercice).
    – Dans les banques, « Un monde sans banque », devient « Un monde avec…le compte Nickel, du financement participatif, des fintechs
    – Pour la marque, « Un monde sans marque« , devient « Un monde avec… »
    – Dans l’éducation, « Un monde sans « Un monde sans professeurs, ni écoles » devient « Un monde avec plus de créativité, plus de responsabilité… »
  2. Autre adaptation possible, centrée technologie, produits et services :
    Un monde sans app ? devient …
    – Un monde sans plateforme ? devient…
    – Un monde sans emballage ? devient…
    – Un monde sans voiture ? devient…
    – Etc…
  3. Enfin, le monde du « sans » transposé à l’organisation de l’entreprise (la réflexion peut alors être stratégique et opérationnelle)
    – Une organisation sans Direction Formation (par exemple le livre « An everyone culture » décrit comment chacun peut devenir formateur et apprenant dans une entreprise), sans Direction IT, sans Service Client, sans stock…

Quelques précautions d’usages complémentaires : « le monde du sans » n’est pas forcément celui de la rareté, « le monde du avec » n’est pas forcément le monde du mieux, la posture de non jugement est essentielle pour développer l’intelligence sensible : avoir le goût et le courage d’interroger ce que nous lisons, voyons…

 Il reste néanmoins une troisième dimension non explorée, souvent riche de solutions : le monde de l’ordinaire.
C’est la relecture proposée notamment par le philosophe Bruce Bégout dans « la découverte du quotidien » où il défend « la singularité et la beauté qui dorment dans les choses de tous les jours et n’attendent qu’à être révélées ».
Comment transformer ce que vous considérez comme ordinaire en « super-ordinaire » ? (compétences, savoir-faire, savoir-être…). Comment trouver dans la quotidienneté une forme d’universalisme à valeur ajoutée ?

En conclusion, pour changer les réponses, changeons nos questions !

Marianne Dekeyser

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