L’innovation se cache (aussi) dans les Détails

Peut-on mieux comprendre les peintures et les “diableries” de Jérôme Bosch par le détail ? Ce peintre à l’imagination exceptionnelle considéré comme l’un des plus grands peintres flamands, intrigue encore aujourd’hui par son œuvre aussi fascinante qu’énigmatique et aux interprétations multiples. Et le détail chez Jérôme Bosch nous en apprend beaucoup : il permet de relire différemment l’imaginarium proposé par l’artiste.

En 1605, Jose de Sigüenza (1544-1606), historien et théologien espagnol, écrivait déjà : « Les autres cherchent à peindre les hommes tels qu’ils apparaissent vus du dehors ; celui-ci a l’audace de les peindre tels qu’ils sont au-dedans. » Le “dedans” est souvent noir et sans appel pour Jérôme Bosch qui démasque, non sans humour, tentations et pêchés dans ses tableaux.

Pourquoi nous intéresser aux détails et au “micro” en innovation quand nous sommes tous accrochés au versant macro de l’innovation aujourd’hui (les transformations radicales qui nous attendent : intelligence artificielle, blockchain, climat…) ? Parce qu’ils nous révèlent souvent la capacité d’une organisation à vraiment faire vivre l’innovation au quotidien. Dans ces détails, on y trouve aussi des diableries par omission, par manque de temps, par manque d’intention ou enfin parce que les routines organisationnelles y invitent. Ce qui nous intéresse dans cet InnovaCtionnaire, c’est d’identifier des “petits” angles morts qui, si on leur portait un peu d’attention et on si on les renversait pourraient, demain, permettre des changements génératifs.

Je vous propose ici de zoomer sur l’intelligence collective (la capacité à mobiliser des parties prenantes pour co-créer des solutions) et la notion de projets.

Le premier détail ressort de différents échanges avec des DRH : paradoxalement la “gestion de projets” en mode matriciel relève d’un “basique” auquel peu sont formés malgré les solutions collaboratives telles que Trello ou autres.  En effet, que découvrent actuellement les entreprises ayant promu (à juste titre) l’intelligence collective et le mode transversal comme leviers-clés pour innover ? Que cela requiert une bonne maîtrise de la gestion de projets !

Concrètement, c’est un peu comme si on était au karaoké (pour simplifier) : une fois dépassée l’éventuelle appréhension de chanter devant un public, tout le monde ose et a envie de chanter car le lieu est propice à la convivialité… mais la majorité chante souvent faux. Si l’amateurisme fait partie de l’ambiance karaoké, les conséquences sont plus lourdes en entreprise : et si on formait vraiment à la gestion de projets demain ?

Le deuxième détail est lié à la phase de constitution d’une équipe qui va opérer en mode transversal :
En innovation, les experts préconisent souvent au démarrage d’un projet ce que l’on appelle l’analyse premortem , qui vous fait anticiper tous les risques de mort subite de votre projet pour mieux les prévenir. D’autres privilégient le Team Canvas, outil intéressant qui aide une équipe à mieux se comprendre et s’organiser au début d’un projet.
Nous nous aimons les questions qui court-circuitent les modes de pensée et accélèrent la réflexion à 360°, voici quelques pistes ou sept questions-vérité d’équipe en amont projet :

  1. Quel est notre intérêt d’être dans cette équipe (au-delà de considérations financières) ?
  2. Quelles sont les histoires (de notre entreprise) que nous voulons renforcer au travers de ce projet et pourquoi ? Quelles sont les nouvelles histoires que nous voulons créer compte tenu du projet qui nous rassemble ?
  3. Nous est-il possible de fournir des solutions innovantes à nos clients si nous n’innovons pas d’abord dans notre façon de penser et d’agir ensemble en tant que que coéquipiers ?
  4. Pouvons-nous offrir plus de valeur à l’organisation si nous ne valorisons pas d’abord les personnes avec lesquelles nous travaillons ?
  5. La technologie numérique à notre disposition pour nous simplifier notre travail aura-t-elle vraiment un impact si nous ne développons pas activement des liens de confiance les uns avec les autres ?
  6. Notre plan projet a-t-il une chance de réussir si nous ne faisons pas participer les parties prenantes (ou une partie) au processus de prise de décision ?
  7. A quoi saurons-nous que nous avons réussi ?

Le troisième détail provient d’un verbatim “on a déjà trop d’indicateurs” réponse qui m’était faite à la question posée “quels sont vos indicateurs innovation ?” alors que l’innovation était élevée au rang des valeurs de l’entreprise concernée.
Nous en venons enfin aux KPIs de l’innovation. Il en existe une batterie en la matière, paradoxalement peu intégrés dans les “évaluations”. Nous en partageons deux, toujours sous forme de questions, qui ont la caractéristique de pouvoir simplement se glisser au fil de l’eau, des journées et des projets : “en quoi ce projet était-il innovant ?” ou “qu’avons-nous fait d’innovant ? ” et “en quoi ce projet a changé ma façon de voir les choses ?”

“Le diable est dans les détails” nous dit l’expression et l’oeuvre de Jerôme Bosch, l’innovation aussi et les opportunités de transformer concrètement les postures et pratiques innovation.

A bon innovateur, salut !

 

 

 

Comments

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    Laurent Cachalou
    29 avril 2019

    Bonjour Marianne,
    Merci pour ces pistes de réflexion.
    Il y a des détails importants et d’autres qui vous font perdre du temps. La difficulté est de définir sur lesquels s’attarder.
    Parmi les détails importants dans l’innovation et notamment dans la résolution de pb, je citerais l’importance de passer du temps sur la formulation du problème posé.
    Albert Einstein disait ““Si j’avais une heure pour résoudre un problème, je passerais cinquante-cinq minutes à définir le problème et seulement cinq minutes à trouver la solution.”
    A bientôt,
    Laurent Cachalou du blog Innover Malin

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